Le secours héliporté, combinaison de plusieurs facteurs

L’utilisation d’un hélicoptère pour secourir des patients dont le pronostic vital est engagé est une combinaison de plusieurs facteurs. A côté des aspects opérationnels déterminant l’organisation quotidienne d’un service de secours héliporté, il y a les défis d’ordre financier à relever. Coup d’oeil sur les expériences menées dans d’autres pays du monde.

Lorsque l’hélicoptère du CMH est réquisitionné par le 112 pour dépêcher une équipe médicale sur une route, une autoroute ou bien au coeur d’un quartier, l’intervention est souvent perçue comme un miracle. Dans le monde entier, l’hélicoptère, cette machine qui se déplace 3 à 5 fois plus rapidement que tout autre service opérant par la route, fait partie des meubles. Une intervention par hélicoptère suscite toujours l’attention mais, aux quatre coins du globe, elle ne suscite plus aucune question. La présence et l’utilisation de l’hélicoptère dans l’aide médicale urgente sont une évidence. 

Un hélico pour 300 000 habitants

Tournez-vous vers les Etats-Unis, par exemple. Le secours héliporté disponible pour la population civile a connu ses premières missions au milieu des années 70. En quelques années, de nombreuses bases on vu le jour. Aujourd’hui, en moyenne, il existe un service de secours par hélicoptère disponible pour secourir 300 000 citoyens. Dans les zones rurales, de nombreuses cliniques ont fermé leurs portes pour des questions de gestion budgétaire et les grands centres hospitaliers spécialisés sont souvent plus éloignés. Les hélicoptères médicalisés répondent donc à une utilité de santé publique et permettent à la population de compter sur un service capable de transporter rapidement un patient fragilisé vers un hôpital spécialisé. Chez les Américains, le problème majeur se situe au niveau du coût du transport héliporté. Le problème s’aggrave selon la couverture d’assurance dont bénéficie le patient dans le cas d’un transport d’urgence par hélicoptère. Parfois, les minutes de vol donnent lieu à des factures qui se comptent en dizaines de milliers de dollars pour un transport héliporté vers un hôpital. Avec un niveau de remboursement moyen par les assurances de 30%. Parfois, certains patients n’ont droit qu’à un remboursement minimal.

Les Canadiens tous couverts

A l’inverse, au Canada, la population ne doit absolument pas s’inquiéter du montant d’une facture car tous les résidents, sans exception, sont couverts. La couverture inclut le transport, même s’il doit être effectué par hélicoptère. Si un service de secours héliporté est nécessaire pour assurer la prise en charge et le transport rapide d’un patient, la mission est organisée sans se poser une seule question. Il n’y a finalement que des conditions météorologiques défavorables à l’utilisation d’un hélicoptère qui peuvent forcer les équipes médicales à travailler avec un service terrestre. Et encore, la plupart des bases héliportées sont équipées pour permettre le vol aux instruments (IFR). Le cadre légal du secours héliporté au Canada dépend du gouvernement canadien mais chaque province est autonome pour déterminer le nombre de SMUH à mettre en service et pour les coordonner sur leurs territoires.

L’hélico, un référent médical en Allemagne

Chez nos amis allemands, le secours héliporté est un modèle en aide médicale urgente depuis 1970. L’ADAC considérée comme la plus grande fédération automobile d’Europe, est inscrite comme le pionnier fondateur du secours héliporté en Allemagne. Elle assure la gestion de 55 hélicoptères surnommés couramment les « Anges jaunes ». Autre société civile, la DRF avec 31 hélicoptères habillés en rouge et blanc. Les autres bases de secours sont pilotées par le LuftRettung via le Ministère de l’Intérieur. Les citoyens allemands n’ont pas trop à s’inquiéter pour le secours héliporté puisque chaque kilomètre carré est couvert par un service de secours héliporté en moins de 15 minutes. Et pour toutes les questions relatives au coût du transport héliporté, il y a une législation. Dans les grandes lignes, il y a un marché public réglant l’offre des moyens de secours contre une rémunération et il y a un cadre légal avec des critères de facturation et de remboursement par les assurances. En fin de compte, les Allemands sont logés à la même enseigne en termes de secours d’urgence par hélicoptère. D’ailleurs, l’hélicoptère est le référent de l’aide médicale urgente, particulièrement dans les zones rurales. Sur le plan financier, il existe un système de carte d’adhésion ou d’affiliation qui garantit un avantage financier à celui qui en bénéficie.

En Belgique, c’est l’exception

Le système d’affiliation qui existe en Allemagne a inspiré la plupart des modèles qui existent dans les structures civiles assurant des services de secours par hélicoptère dans les autres pays d’Europe et en Suisse. Tout comme le système de carte d’affiliation au Centre Médical Héliporté de Bra-sur-Lienne. Avec une différence majeure qui n’est pas des moindres. En effet, pour l’organisation de son service de secours par hélicoptère, le CMH n’a pas les mêmes outils que les autres structures d’Europe :

  • Le Ministère de la Santé Publique Fédérale n’a pas (encore) défini un cadre pour l’organisation du secours héliporté. Sa seule avancée est d’avoir ordonné deux expériences de santé publique : la première pour l’ASBL Centre Médical Héliporté de Bra-sur-Lienne et la seconde pour l’ASBL Mug-Heli de Bruges.
  • Il n’y a ni législation, ni marché, ni normes de fonctionnement. Le CMH est contraint de définir ses propres critères de qualité et d’efficacité.
  • En termes de facturation et de système de remboursement, la loi ressemble à une feuille blanche. C’est encore le CMH qui défend l’intérêt de ses patients transportés.

Et pour le financier, l’ASBL Centre Médical Héliporté est entièrement autonome et responsable.

  • Dans l’attente d’une législation, elle a signé des conventions avec la plupart des grandes mutuelles en Wallonie, afin d’établir un système de remboursement sur le transport médicalisé d’un patient.
  • Le CMH a défini, lui-même, un forfait de prise en charge en charge et de transport médicalisé. Forfait qui ne représente pas la moitié du coût réel de l’organisation du service.
  • Pour réussir à financer tous les coûts d’organisation du service héliporté, l’équipe du CMH a développé sa propre carte d’affiliation. En remerciement d’une cotisation annuelle, les citoyens souscripteurs bénéficient de la gratuité du transport héliporté si l’hélicoptère de Bra-sur-Lienne est amené à les transporter.
  • Pour tous les investissements en matériel médical nécessaires pour un service de qualité, l’ASBL Centre Médical Héliporté a la chance de compter sur le soutien de quelques communes rurales et sur les dons de la population.

Et pour couronner cette exception bien belge, le Centre Médical Héliporté assure seul la sensibilisation des citoyens à l’utilisation de l’hélicoptère comme référence de santé publique pour secourir et transporter très rapidement un patient, en cas d’urgence. Heureusement que la population est reconnaissante du travail opéré… Quelle chance !